s mok e i nm y br ain

s mok e i nm y br ain

(si vous ne trouvez rien, cherchez autre chose)

210708

10) Spectacle.



11



Elle entre dans la pièce. Immédiatement, je reconnais le visage et la frêle silhouette de la jeune femme que j’avais aperçue sur une photo en noir et blanc, près d’un homme à bretelles sorti d’une autre époque. Elle s’assoit, prend une cigarette dans un paquet aux inscriptions turques, prend mon briquet et l’allume. Se saisit d’une bière blonde de luxe, l’ouvre et avale une gorgée.


« °Tu as vingt-quatre ans. Ce n’est pas à ta sœur de venir me dire que tu n’as pas fait le ménage. Ah. Elles sont fortes ces clopes turques. »
Elle le fusille du regard. Il a l’air d’avoir perdu dix ans, tout à coup.
« Il faut que tu quittes la coloc, c’est plus possible comme ça. Tu as envoyé les papiers au propriétaire ?
- Non. Je le ferai demain.
- Demain, hein, pas après-demain ni dans une semaine. Regarde maman dans les yeux et dis-moi que demain, tu enverras ces papiers.
Il lève la tête et la regarde d’un air intimidé.
- Oui maman, j’enverrai les papiers demain. »


Je remarque que c’est à cause d’elle, ces maudits yeux bleus.
Elle attrape une bassine de linge et commence à l’étendre. Il la regarde faire sans rien dire.
« Non mais tu vois, c’est quand même pas à moi de mettre tes caleçons à sécher ! Et ne bouge pas, surtout… Tu veux pas qu’elle m’aide, non plus ? »
Elle me regarde.
« Tu vois, c’est comme ça qu’il faut faire avec lui. »
J’acquiesce, un peu intimidée par la situation, essayant de dissimuler une grosse envie de rire. Elle pose sa bière à moitié vide, écrase sa cigarette et empoigne le chat.
« Elles sont où, les affaires du chat ?
- J’en sais rien, c’est pas mon chat.
- Bon. Je trouverai. En attendant, vous êtes invités à manger à l’appart dimanche midi. C’est Peter qui fait la bouffe. »

Il est 16:44, l'heure du crime. - 3 hibou(x) empaillé(s). - Permalien [#]


200708

9) I try to laugh about it, hiding the tears in my eyes.



10


Dorénavant, appelez-moi mec.


Je porte un pull gris qui sent le CK one pour homme. C’est mon pote gay qui me l’a prêté, parce que j’avais recraché au moins deux litres de bière sur mes fringues. Une pinte de Coreff ambrée, et puis au moins un litre et demi de Stella Artois. Quel gâchis.


Evidemment, la réalité a très vite repris le dessus entre lui et moi. Quoiqu’on en dise, il n’est pas gay, et je ne suis pas un mec. L’addition est simple. Il paraît qu’il avait décidé que je serais à lui, il y a quelques semaines. Seulement je suis toujours aussi difficile à approcher et à connaître. Je ne dis rien, surtout à propos de moi. Alors forcément, on me trouve bizarre.


J’ai toujours les mêmes prédispositions à m’attacher trop vite, même à ceux qui ont une incisive un peu ébréchée et un nom de famille qui annonce la couleur. J’aurais dû me méfier. Trois heures du mat’, l’heure des trois P : pétard, Pink Floyd, pizza. Je m’endors complètement défoncée, la tête posée sur un oreiller à pois aux couleurs très moches. Je porte des sous-vêtements à fleurs, comme si c’était normal. Quelques minutes/heures plus tard, j’ai un bras autour de la taille. Il sent toujours le CK one, son piercing à droite sous la lèvre pique un peu mais on s’y fait. Pas très amical comme comportement, dit-il. Sans protester pour autant, bien sûr. Ca aurait été trop simple.


Ecart de conduite. Groupe nominal détestable au possible. Je refuse l’appellation, mais il ne me laisse pas le choix. Encore une fois je suis la plus faible dans l’histoire, avec mes sentiments trop gros pour ma carcasse, incapable de résister à la moindre tentation. Je ne peux pas être pote avec quelqu’un qui m’attire. Encore moins lorsque c’est réciproque.


Alors tous les matins, à sept heures quarante-cinq, je pense à autre chose et je réponds toujours oui au grand Jacques et à son dos courbé, quand il me demande si je vais bien. Je prépare des corbeilles de pain, des thermos de café et des petits pots de confiture pour ces touristes un peu riches qui aiment se faire servir.


Anyway. Boys don’t cry.

Il est 18:36, l'heure du crime. - 0 hibou(x) empaillé(s). - Permalien [#]


300508

8) On Thursday, I don't care about you.

9

Les gifles de Veronika dans la gueule de Mark qui lui dit "Je t'aime", sur fond de bombardements. Mark ne bouge pas, répète "Je t'aime". Nouvelle rafale de gifles. Bombardements. Lumières, noir et blanc. "Je t'aime". Gifles.

Un soir dans la nouvelle vague russe. Sortie des Studios, comme d'un autre monde. Les gens dans la rue me paraissent lointains, ils marchent mécaniquement, tenant à la main des bouteilles d'alcool. Jeudi soir normal. Cinq minutes de masturbation intellectuelle devant le cinéma, on discute expressionnisme allemand et formalisme des années vingt. Jeudi soir pas si normal. Le scooter cosmique est là, attendant l'immonde professeur à casquette rouge. [...]

Je descends. Me prend alors l'idée de passer par Liberté, histoire de faire une confrontation des mondes, complètement à jeun, face aux déchets habituels. Je ne sais pas ce que je cherche mais c'est drôle et je suis d'humeur à chercher. Trois pelés sur les marches n'en mènent pas large, moi non plus. J'avance, manquant de peu de me prendre une bouteille sur la gueule. Jeudi soir normal.

Je repense aux gifles de Veronika dans la tronche de Mark qui ne bouge pas. Bombardements. "Je t'aime". Douleurs ventrales, je marche plus vite. Croise des filles moches qui braillent des chansons paillardes. Madeleine a des pieds de cochon et tout le monde s'en branle, Marie-Madelon. Jeudi soir normal.

Il est 00:35, l'heure du crime. - 2 hibou(x) empaillé(s). - Permalien [#]





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